Mardi 25 novembre 2008

  Souvent, notre humaine condition nous entraîne à être optimiste quand tout va bien et pessimiste quand tout va mal. Ce biais porte rarement à conséquence car la plupart du temps nos opinions influent assez peu sur nos actes (1). C’est plus souvent l’inverse qui se produit.

 

  En matière boursière, une des règles d’or de Warren Buffet et de bien d'autres est « d’acheter quand tout le monde est pessimiste, et de vendre quand tout le monde est optimiste ». Cela ne produit pas toujours les effets escomptés (ce serait trop facile). L’économiste que je suis essaiera quant à lui d’établir une mesure de ce qui est implicitement anticipé par les marchés, et de les comparer à ce qu’il est raisonnable d’attendre. Bref, de chiffrer un peu tout cela.

 

  J’ai sélectionné ici deux indicateurs. Le premier compare les cours des actions mondiales à l’évolution du PIB mondial depuis le plus longtemps possible (1970 sur notre graphique). Le deuxième retrace l’historique, pour l’indice S&P500, du ratio cours sur bénéfices « tendanciels », obtenus en lissant la séries des bénéfices sur une très longue période – ici depuis 1960 – afin d’éliminer l’influence des cycles (2).












  Les deux indicateurs d’évaluation des marchés actions – cours/Pib au niveau mondial et cours/bénéfices tendanciels aux Etats-Unis – envoient le même message : les indices actions sont très faiblement valorisés par rapport à leur moyenne historique, et leur évaluation est comparable à celle des années qui ont suivies le premier choc pétrolier (1974-80/82), les pires de l’histoire moderne pour l’économie mondiale.


  Un petit calcul montrerait que, dans une perspective de long terme, les niveaux actuels de valorisation des bourses devraient normalement garantir des performances futures élevées, autour de 10% par an hors inflation en moyenne (du moins en théorie). Ce serait bien différent ce que nous avons connu au cours des dix dernières années, puisque les performances hors inflation, et dividendes inclus, ont été nulles ou négatives depuis 1998.

 

  Notre conclusion sera la suivante. Les indices actions sont très bon marché, et ils escomptent  implicitement une dégradation extrêmement brutale et prolongée de la situation économique, dégradation similaire à celle de la grande période de transition des années 1974-82. On peut toujours imaginer pire situation encore, mais il faudra avoir de solides arguments. Aussi semble-t-il clair qu’à ces prix-là, l’époque devient de plus en plus favorable à la constitution d’un patrimoine boursier. Reste à s'armer de patience.

 


François-Xavier Chauchat



Cet article est dédié à mon excellent ami Laurent Lamagnère




(1) Je vous laisse méditer cette puissante assertion.


(2) Cette méthode est à mon sens préférable à celle, dite du « PE 10 », que Robert Shiller explique dans son ouvrage « Irrational exhuberance » et qu’il met à jour sur son site web : http://www.econ.yale.edu/~shiller/



Par François-Xavier Chauchat - Publié dans : économie
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