Mercredi 10 décembre 2008
  J'ai eu la chance d'assister lundi (le 8 décembre 2008) à la représentation générale de l'hommage à Maurice Béjart (*) présenté par l'Opéra Bastille. Sur trois chorégraphies, deux grands classiques sont à l'affiche – "l'Oiseau de Feu" et "le Sacre du Printemps". C'est un fait remarquable que de prendre conscience de la prégnance de ces chefs d'œuvre sur notre imaginaire, bien au delà du cercle des amateurs de danse. Car tout le monde connait ces œuvres, même ceux qui, comme c'était mon cas jusqu'à hier soir, n'avaient jamais eu l'occasion de les contempler.

  Ne comptez donc pas sur l'effet de surprise, mais sur le plaisir de jouir de ces tableaux vivants dans des conditions exceptionnelles. La musique de Stravinsky est interprétée en direct par l’orchestre et non enregistrée, ce qui est plus qu’heureux pour des œuvres jouant sur des contrastes de volumes et de timbres difficiles à rendre fidèlement sur les systèmes de reproduction sonore. Quant aux danseuses et danseurs de l’Opéra de Paris, ils sont la plupart du temps à la hauteur du défi physique et des prouesses techniques parfois époustouflantes imposées par Béjart. Les lumières, enfin, sont magnifiques.





  Pour merveilleux et vitalisant que soient ces deux chefs d’œuvre, alliance magistrale d’énergie rythmique « brute » et d’humanisme classique, je dois cependant confesser mon penchant pour la troisième chorégraphie (la première dans le déroulement de la soirée). «Serait-ce la mort ?», pour un danseur et quatre danseuses, sur les quatre derniers lieder de Strauss, m’a profondément touché.

  « Au seuil de la mort, un homme revoit quatre femmes qu'il a aimées tour à tour. Trois d'entre elles ont partagé chacune un moment de son existence mais, de la quatrième – figure énigmatique – il n'a aucun souvenir précis ». Mon coté sentimental et mon goût pour le crépusculaire (surtout au mois de décembre) ont été attisés par cette œuvre nimbée de sensualité, de nostalgie et de mystère. Et puis, quatre femmes…

  Mais mon amour du beau chant, de la musique et de l’évocation poétique y a aussi été comblé. Car il faut dire la beauté incomparable de ces compositions menant voix et orchestre dans des entrelacs sensuels, créant un tapis sonore à la fois lumineux et large, profond, sans jamais pourtant renvoyer la poésie au second plan. Les interprétations de la soprano (Anne-Sophie Duprels) et de l’orchestre étaient ce soir-là tout à fait convainquantes. La chorégraphie de Maurice Béjart donne formes, mouvement, couleur et humanité à cet ensemble déjà somptueux sans jamais en perturber le flux. Une merveille.



  Voilà donc, le temps d’une soirée, l’énergie d’une époque qui, traversant le temps, vient se rappeler à nous. Certaines fines bouches pourront trouver tout cela un peu daté, justement, mais ce ne fut pas mon cas. On retrouve dans ce spectacle la veine créatrice animale, sexualisée des années 60-70, mais sans rien d’outrancier, jamais. Car Béjart est un humaniste qui s’inscrit dans le patrimoine de la danse classique, et non en rupture avec celle-ci. On ne lui en veut pas.

François-Xavier Chauchat



(*) Maurice Béjart est mort le 22 novembre 2007  (sa bio sur wikipédia).


NB: les photos montrées ici ne sont pas celles du spectacle de la Bastille; elles sont bien plus anciennes et proviennent de différentes sources sur le web..



Par François-Xavier Chauchat - Publié dans : musique et danse
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Commentaires

Storyteller, communicator, poète, métaphysicien. You know whom I'm talking about, right? Béjart? Stravinsky? Strauss? Or... You decide.
Commentaire n°1 posté par Pedro le 10/12/2008 à 11h42

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